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  • Citation préférée : "Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, C’est doux, la nuit, de regarder le ciel" - Antoine de SAINT-EXUPERY

Billets de nath7

Madame HISTORIETTE découvre Monsieur PLACARD

En ce samedi pluvieux, Madame HISTORIETTE décide de ranger la chambre d’amis, et plus particulièrement le dressing.

 - Bonjour Monsieur PLACARD ! Cela va être votre fête aujourd’hui, je m’apprête à ranger la penderie et les tiroirs.
- Ah ! Excellente idée et bonjour à vous ! Je suis très content de vous voir. Il est en effet grand temps de faire du rangement. Je ne suis pas habitué à ce désordre.
- Je sais… je sais…  

Tout en s’attelant à cette tâche, Madame HISTORIETTE lui évoque une nouvelle fois le bruit qu’elle entend régulièrement lorsqu’elle entre dans la pièce :
- Dites-moi tout ! Avez-vous écouté attentivement durant notre absence ? Le silence était-il total ? Un claquement de porte ne s’est-il pas fait entendre ?
- Ben… euh… il se pourrait que… « oui » ...
- Il se pourrait ? reprenait-elle avec étonnement. Vous n’en êtes pas certain ?
- Euh… si… si…
- Allons, allons, expliquez-moi Monsieur PLACARD, je ne comprends pas.
- Attention ! Vous allez faire tomber l’étagère du milieu !
- Mais non, je l’ai juste soulevée ! Pas de crainte à avoir. Je me demandais pourquoi elle était bancale. Je comprends mieux : il manque un taquet au fond à droite pour qu’elle soit stable. Je vais en chercher un dans l’atelier et quand je reviens, vous me raconterez.

* - * - *

C’est avec hésitation puis enthousiasme que Monsieur PLACARD raconte les raisons de ce bruit étrange :
  - Cette chambre est lumineuse. Vous l’avez bien décorée. L’association du gris et du jaune paille invite à la détente et… que dire de vos esquisses ? Magnifiques ! Ils sont magnifiques ! La petite touche personnelle avec la plume, le pierrot et les figures géométriques suggérant les planètes fait plaisir aux yeux !
  - A ce point ?
  - Mais oui ! Depuis votre emménagement, j’ai assisté aux séjours de vos invités. De la pièce où je suis, je peux entendre les conversations et, lorsque la porte reste entr’ouverte, je peux même les apercevoir. Je sais ainsi ce qui se passe comme par exemple les enfants qui, sans vraiment toucher le mur, font semblant de redessiner le contour des croquis pour les mémoriser et les reproduire chez eux. Attirés par ces tons chauds et cette décoration, s’ils se sentent ailleurs.
  - Vous n’en rajoutez pas un peu Monsieur PLACARD ? s’exclama-t-elle non sans une pointe d’humour.
  - Non, non… et c’est comme cela que j’ai eu cette idée.
  - Quelle idée ?
  - Venez voir, je vais vous montrer.
  - Hum… où dois-je regarder ? Le dressing est petit.
  - Avancez un peu plus et regardez au fond de la penderie.
  - Mais, je viens de repositionner les cintres et les vêtements. Qu’y a-t-il à voir ?
Après avoir enlevé ce qu’elle venait de ranger, Madame HISTORIETTE se place devant la penderie, silencieuse. Rien. 5 minutes passent. Rien. Un quart d’heure. Toujours rien. Soudain, tandis qu’elle observe le sourire en coin de Monsieur PLACARD, elle s’exclame :
  - Incroyable ! Je n’arrive pas à le croire !
  - Ah, vous avez vu !
  - Oui ! Comment est-ce possible ? Qui a dessiné cette porte fermée ? Elle vient juste d’apparaître.
  - C’est moi.
  - Comment ça ? J’ai peur de ne pas comprendre.
  - L’atmosphère de cette pièce est propice au « Fantastique ». Un soir, un des enfants de votre nièce ne réussissait pas à s’endormir. Du coup, j’ai eu l’idée de faire comme vous, de crayonner cette porte.  

Tout en s’approchant, Madame HISTORIETTE ne détache pas son regard. La porte est face à elle. Elle la touche. Elle la palpe. Elle l’effleure et s’interroge :
  - Comment avez-vous fait ?
  - Par la pensée… juste par la pensée.
  - Je suis perplexe, voyez-vous !
  - Je vous comprends. Cependant, vous avez vu, elle s’est dessinée toute seule.
  - Oui, c’est vrai.
  - J’étais aux commandes.
  - Je ne comprends pas. Et ce bruit étrange alors ? Ce serait le claquement de la porte ? C’est vous aussi ?
  - Oui, en utilisant également la force de la pensée.
  - Quel est l’intérêt ?
  - Dorénavant, sans que personne ne s’en aperçoive, la poignée de porte tournera et invitera l’enfant, l’adolescent ou l’adulte à découvrir le pays des rêves. Concernant le fils de votre nièce, ça a marché. Son énervement et son insomnie se sont transformés en une quiétude et un sommeil réparateur.
  - Je reste dubitative.
  - Tout s’explique. Etant en permanence dans le dressing, personne ne prête attention à moi. Je peux donc agir et apporter des réponses.
  - Et, cela fonctionne avec tout le monde ?
  - Oui.
  - C’est inattendu.
  - Certes... mais l’atmosphère de cette maison permet cette possibilité.
  - C’est très gentil à vous, merci.
  - C’est juste un constat Madame HISTORIETTE. Je vous rappelle que je suis en ce lieu depuis les premiers occupants et vous ne m’avez pas chassé lorsque vous vous êtes installés. J’ai donc eu tout le loisir de comparer… SOURIRE…
  - C’est vrai et je vous découvre Monsieur PLACARD ! Quel plaisir ! Merci d’être « Vous ». J’espère que vous continuerez.
  - A votre service, Madame !

Madame HISTORIETTE rassure Monsieur PLUME

Un matin de septembre, Madame HISTORIETTE règle ses achats au légumier lorsqu’elle aperçoit Monsieur PLUME, la mine déconfite, sortant de l’unique Cabinet médical du village.

S’approchant de lui, elle l’interpelle :
- Bonjour Monsieur PLUME. Oh ! Vous n’avez pas l’air très en forme aujourd’hui.  Que se passe-t-il donc ?
- Bonjour Madame HISTORIETTE. Veuillez me pardonner, je ne vous avais pas vue. Effectivement, je ne suis pas très bien. Je sors de chez le docteur. Je souffre de « Leucosélophobie ».
- « Leucosélophobie », dites-vous ? Eh bien, soyez grandement rassuré : ce n’est pas une maladie, c’est une peur, la peur de la page blanche.
- Hum… c’est exactement ce qu’il m’a dit.
- A-t-il décomposé le mot pour vous expliquer sa signification ?
- Non.
- Voyez-vous, dans « Leucosélophobie », le préfixe Leuco, du grec ancien « Leukós », fait référence à ce qui est blanc. La particule Sélo désigne la page et pour finir, le suffixe Phobie, du grec ancien « Phóbos », désigne une peur démesurée.
- « Leuco-Sélo-Phobie » correspond donc en fait à « Blanc-Page-Peur » me lance-t-il en fronçant les sourcils.
- Oui, c’est bien cela. Les médicaments prescrits par votre médecin traiteront d’ailleurs les symptômes annexes comme des insomnies, des troubles gastro-intestinaux ou des angoisses.
 - Hum… il faut d’ailleurs que j’aille à la pharmacie porter mon ordonnance. Je n’ai pas trop envie d’avaler des comprimés… mais bon.
- Si vous ne faites pas une fixation sur cette peur, vous pourriez très bien vous en passer. C’est en effet cette fixation qui vous empêche de noircir votre page blanche.
- Je le conçois. Cela est néanmoins difficile.
- Vous écrivez. Il est normal que vous soyez de temps en temps en panne d’inspiration. Aérez-vous l’esprit, concentrez-vous sur l’instant présent ou sur les belles choses qui vous entourent. Vous verrez, les idées fourmilleront à nouveau dans votre tête.
- Si vous le dites Madame HISTORIETTE. Vous savez, je commence à écrire. Je ne suis pas un écrivain chevronné.
- Cela n’a aucun rapport avec l’expérience ! Des milliers d’écrivains, mondialement connus, vivent cet état à un moment de leur carrière. Détendez-vous. N’y pensez plus et votre plume noircira les pages sans vous en rendre compte.
- Merci de vos encouragements. C’est très gentil à vous. Je suis un peu rassuré et je vais suivre vos conseils.
- Vous y arriverez, j’en suis persuadée.
- Encore merci et à très bientôt Madame HISTORIETTE poursuit-il en s’éloignant tout guilleret.
- Au revoir Monsieur PLUME ! Je vous souhaite une belle journée ! A bientôt.

Quelques temps plus tard, Monsieur PLUME finissait d’écrire sa première « Nouvelle » en suivant simplement ce que Madame HISTORIETTE lui avait « prescrit » … euh… « indiqué » … SOURIRE…